Au Théâtre La Manare à St Mitre, le 18 mars 2011
Photos prises par Jérôme Bousquet
Le spectacle avant Feydeau
L’exploration d’une forme
L’idée du spectacle a été inspiré par le film On connait la chanson d’Alain Resnais. C’est en 2006 que Jean Philippe Krief fait part de son idée à la troupe : créer une pièce de théâtre dans laquelle nous ferions sortir de la bouche des personnages des mots, des phrases, des refrains, des couplets chantés par des interprètes populaires. L’idée enthousiasme toute l’équipe et nous voilà partis pour explorer cette forme, certes vu au cinéma mais pas au théâtre, alors… allait-elle résistait aux planches ? Le oui fit l’unanimité chez nos spectateurs volontairement testeurs !!!
Le thème de l’amour
L’exploration fut sans limite, qu’il s’agisse des thèmes abordés, de l’époque des chansons choisies ou de leurs utilisations (expression d’un fantasme, d’une pensée, d’un cauchemar ou tout simplement d’un dialogue). Toutes les limites se sont effacées pour laisser place à toutes les folies et au chœur de celles-ci les jeux d’amour!
La troupe
Au moment où nous réfléchissions sur cette création, nous étions entrain de créer un spectacle adapté du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare où nous nous focalisions sur l’univers des artisans. Ces derniers s’improvisent comédiens et répètent en seulement une nuit une tragédie grecque, et ce, sous la direction et l’œil attentif mais tout aussi néophyte de leur chef de troupe.
C’est sans doute aussi ce travail qui a inspiré le suivant.
C’est ainsi que le metteur en scène Jean-Philippe Krief eût l’idée de mêler à la forme l’histoire d’une troupe et de ses conséquences sur le spectacle même. Il ne nous manquait plus qu’à trouver le spectacle en question, le prétexte pour se jouer de la forme et de la troupe.
Monsieur chasse ! de Feydeau
Nous nous donnions donc rendez-vous en 2009 avec l’objectif de trouver le texte qui servirait au mieux nos idées et ce fut bel et bien Monsieur chasse ! de Feydeau qui fut choisi. Nous y avons retrouvé le thème des amours légers mais surtout les qualités propres au vaudeville à savoir sa mécanique bien huilée, son rythme effréné, ses personnages légers et ses apartés fondamentales.
A la folie du rythme vaudevillesque, devait maintenant s’ajouter la notre.
Feydeau emporté dans le tourbillon des Loups Masqués
Un Feydeau joué par une troupe peu ordinaire ajoutant au vaudeville un caractère grandement burlesque
Le texte Monsieur chasse ! fut d’abord adapté à l’histoire de la troupe. Une histoire bouleversant drôlement le bon déroulement du spectacle se voyant emporter par un enchainement d’accidents. Il faut dire que les pauvres comédiens sont assommés par les circonstances. Une compagnie vient d’annuler à la dernière minute sa participation, on leur demande de les remplacer la veille pour le lendemain. Impossible de refuser. Trois des quatre comédiens sont déjà prêts à jouer mais à quelques minutes d’entrer sur scène, le quatrième n’est toujours pas là ! Et pour cause, il quitte la troupe. Catastrophe ! Plus le temps de se retourner, le public est déjà là… Vite une solution ! Laquelle ? Le régisseur !!! Mais bien-sûr, il connait le spectacle par cœur et rêve d’être comédien. Mais qui va remplacer le régisseur ? Un spectateur ! Parfait. Ils sont sauvés, rien n’est impossible. Ce sont des professionnels. Les catastrophes peuvent commencées...
Ce spectacle qu’ils jouent normalement à quatre comédiens malgré les douze personnages du Feydeau devra subir lui-même une adaptation en temps réel pour faire jouer le moins possible le régisseur. En plus de jouer plusieurs personnages comme il était prévu, les comédiens devrons cette fois-ci prendre le personnage d’un autre comédien, voire plus. C’est ainsi que les spectateurs découvriront un même personnage joué par des comédiens différents. Quel plaisir pour les spectateurs de voir, de redécouvrir un personnage glissé dans la peau d’un autre comédien, puis d’un autre et encore un autre !
Cela aurait été bien simple mais c’était sans compter les caractères de chacun… Derrière les personnages se cachent une starlette, une étourdie, un chef macho et un régisseur tout aussi perdu qu’enthousiaste. Comment vont-ils s’en sortir face à cette nouvelle distribution et surtout face à cette série d’accidents tout aussi subis que provoqués ?
Un Feydeau détourné en vraie-fausse comédie musicale
Quoiqu’il arrive, la troupe est prête à tout pour honorer sa présence : jouer un Feydeau tout aussi classique qu’original ajoutant au vaudeville ce qu’elle adore : la chanson !
Pour faire parler leurs personnages, pour leur faire dire leurs pensées ou encore pour montrer leurs angoisses ou leurs fantasmes, ils ont choisi des chansons allant des années 30 aux années 2000, d’Arletty à Juliette en passant par Nicolas Peyrac.
Au chœur du Feydeau, entendre sortir de la bouche de nos personnages des voix connues de tout temps et de tout style crée un décalage souvent drôle et toujours surprenant !
Une autre surprise nous attend à la fin du spectacle puisque ce seront les comédiens que nous entendrons chanter et cette fois, ils ne seront pas les interprètes d’une chanson populaire mais ceux d’une composition personnelle clôturant l’histoire de Monsieur chasse ! Un final digne d’une vraie comédie musicale !
Un décor minimaliste et ingénieux
L’histoire de la troupe a t’elle amené le choix du décor ou est-ce l’idée du décor qui a amené l’histoire de la troupe ? Nous ne savons plus bien.
Ce qui est certain c’est que nous ne voulions pas d’un décor réaliste, nous voulions un décor qui suggère plutôt qui impose, un décor qui suscite l’imagination et qui dise au spectateur : avec rien, on peut tout.
Il nous fallait quand même le placard, des fauteuils, un bar, un salon…. Quel astuce trouver ?... Dans notre imaginaire collectif, cette troupe venant remplacer une autre troupe au dernier moment vient aussi jouer un spectacle de son répertoire qu’elle n’a pas joué depuis très longtemps. Autant dire qu’il ne reste pas grand-chose de son décor d’origine ; une chaise peut-être… Ce sont donc avec leurs malles remplies de costumes et d’accessoires qu’ils se précipitent au théâtre.
Il n’en fallait pas plus pour les convertir en placard, en table, en fauteuil, en bibliothèque et même en bar. La transformation est magique, elle paraît simple et pourtant un travail de construction minutieux et inventif fut réalisé. Notre décorateur a pu jouer de toute son ingéniosité !
La folie des costumes
Les costumes sont tout aussi esthétiques que mis au service du jeu. Ils sont rentrées dans la folie du Feydeau et surtout dans celle de la troupe !
De la même façon que les comédiens vont se prêter leurs personnages, ils vont se prêter leur costumes malgré les différences de taille et de sexe. C’est ainsi que les spectateurs seront les témoins de petits détails à déguster tout au long du spectacle.
S’il n’y avait que ça… Pire encore, dans la folie des coulisses, les comédiens ne retrouveront peut-être pas toujours tous les éléments des costumes empruntés, nous verrons ainsi des comédiens entrer sur scène vêtus d’une partie seulement de leur personnage. Comment vont-ils résister à tous ses imprévus ?
Un spectacle de réconciliation
Un ami de la profession, après avoir vu l’une de nos premières représentations a défini notre spectacle comme « un spectacle de réconciliation.» Ses dires se sont confirmées par l’expérience. Les amateurs de Feydeau tout comme ceux qui n’iraient jamais voir un vaudeville se sont laissés surprendre par notre adaptation en y prenant beaucoup de plaisir ! Tout comme ceux qui pensaient ne pas aimer le théâtre...